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Urban Arboretum est une série de photographies ayant pour objet non l'arbre dans les parcs et arboretums, mais l'arbre urbain, cet arbre devant lequel nous passons quotidiennement et qui pourtant passe inaperçu devant notre regard. Lui, cependant, est confronté quotidiennement à un environnement évoluant à un rythme qui le dépasse. Parmi les immeubles, les câbles électriques et les tableaux d'affichage continuellement changeants, il demeure souvent comme une présence déplacée. La façon dont nous le traitons ne correspond point à l'image romantique que nous avons de l'arbre. La série Urban Arboretum focalise l'arbre dans ses diverses fonctions et dans la relation aliénée que nous entretenons avec lui.
Etre vivant, toujours en mouvement, toujours différent, pour le photographe l'arbre n'en est pas moins un objet aussi inerte qu'une nature morte. Les caractéristiques intrinsèques au thème effacent dès lors bon nombre de problèmes photographique, en particulier les problèmes si typiques de la photographie citadine. L'arbre en tant qu'objet possède une structure interne puissante et variée, ce qui rend superflue toute mise en scène. Un arbre circonscrit quasi immédiatement un espace qui l'entoure, de manière à rendre évident le cadrage.
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Un arbre ayant toujours la même apparence, de quelque côté qu'on l'approche, le photographe ne doit plus se soucier d'opter pour une prise de vue frontale ou latérale. Libéré de ces contraintes, le photographe semble pouvoir se consacrer entièrement à l'aspect purement visuel de la représentation, aux effets de lumière sur les feuilles et sur l'écorce, au jeu des ombres, à la texture de l'épreuve, aux qualités du papier photographique.
Dans l'oeuvre de Lucas Jodogne cependant, ce ne sont pas ces caractéristiques visuelles de l'arbre et de la photo qui sautent à l'oeil. Tout paradoxalement, ce sont précisément la mise en scène, le cadrage et la position de l'objectif par rapport au sujet qui partagent la vedette dans ses photos. Ce n'est pas que Lucas Jodogne ait opté pour un système bien déterminé et rigoureusement soutenu de bout en bout, et qu'il aurait appliqué à un décor citadin qui, fragmentaire, désintégré et chaotique, ne s'y prête guère, souvent même pas du tout. Ce qu'il fait, c'est inverser la logique à laquelle on s'attend dans ce projet. Le spectateur, en effet, a l'impression que le facteur structurant de l'image est moins l'arbre que le décor dans lequel celui-ci a trouvé sa place, fortuitement ou non. En d'autres termes, Lucas Jodogne ne met pas la figure au centre, mais l'arrière-plan, pour emprunter le jargon technique propre à son art.
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Chez lui, il s'agit donc bel et bien de cadrer, de mettre en scène, de choisir un angle et ce en fonction du paysage; l'arbre n'est représenté qu'apparemment divers. Cette diversité - chaque arbre est photographié d'une manière différente -, est la continuation logique du recul tout aussi logique de la figure dans l'arrière-plan, procédé inhérent à la photographie d'arbres dans un contexte urbain.
Cette approche du sujet aurait pu réduire l'arbre à l'état d'anecdote, de couleur locale fortuitement glanée. Or, chez Lucas Jodogne, tel n'est pas le cas. Car cet artiste met en évidence avant tout l'intégration de l'arbre dans le paysage, contrairement à nombre de contemporains qui thématisent la confrontation entre la nature et la culture. Dans son oeuvre, l'arbre autour duquel tout évolue, ne se trouve pas littéralement au centre de l'image. Lucas Jodogne ne photographie pas des arbres sans plus, mais des arbres dans leur appartenance aux paysages citadins. Désormais inutile, dès lors, d'expliciter le thème de la série : c'est l'arbre lui-même qui change la photo entière, et c'est là que réside sa fonction essentielle. |
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