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Valérie Villeu, par sa profession d'infirmière libérale, s'est rendue il y a quelques années chez Mme D. pour lui apporter des soins. Mme D. vivait seule et était atteinte de la maladie d’Alzheimer. L’état d’abandon dans lequel se trouvait son appartement faisait étrangement écho à son état mental : rempli de manques, de cassures, de trous. Chaque pièce, chaque objet avait subi les dégâts de sa dérive solitaire : désordonnés, cassés, abîmés, incomplets, ils parlaient pourtant de façon intime, de ce qu’avait du être cette personne, son goût pour la décoration, la couture.
" Un jour, l’après midi avait dû être le simulacre d’une réception, vous aviez préparé quatre sous tasses avec des cigarettes russes et un carré de chocolat. Quel fantôme vous avait rendu visite ? A qui était destiné ce festin ? La vision de ces préparatifs m’avait bouleversée, j’y voyais là l’amusement d’une enfant jouant à la dînette, mais une enfant croyant à un jeu qu’elle ne quitterait pas.
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La répétition de gestes certainement mille fois accomplis mais destinés à un autre monde.".
Lors de ses visites chez Mme D., Valérie Villieu trouve, calant une porte, enfoui dans ses habits, 7 petits agendas, qui la firent parcourir 34 ans de sa vie. Rien de profondément intime, seulement des annotations sur des habits à récupérer au pressing, des noms de chanteurs qu’elle devait aimer, des mesures pour réaliser ses travaux de couture. Et puis au fil des agendas, les informations se raréfient, l’écriture devient malhabile et des notes montrent l’apparition des troubles de la mémoire.
La solitude y est extrême, la volonté de s’accrocher au réel perceptible. La lecture de tous ces calepins a convaincue la photographe de mettre en lumière l'histoire de cette femme, de la souffrance que cette maladie génère. |
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Dans un but parallèle aussi de communiquer sur la prise en charge de ces personnes, afin qu'elle soit plus humaine, mieux adaptée, et toujours à l’écoute de l’individu.
" Je pense souvent que nous vous entretenons, bien sûr vous mangez, bien sûr vous êtes propre, et puis ? Cela suffit-il à une vie ? La télévision semble rassurer bon nombre de soignants et auxiliaires de vie qui visitent les personnes âgées. Vous n’échappez pas aux séries télévisées, parfois violentes devant lesquelles je vous trouve, perturbée, envahie par ce que l’écran vous impose.
Certains vous la laisse la nuit… pensent-ils qu ‘elle peut être un remède au vide, ou est-ce la solitude qu’on laisse derrière nous en fermant votre porte qu’ils ne supportent pas ? Que penser de ce soignant surpris en train de vous donner à manger avec un casque sur les oreilles ? "
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