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" L’univers
de Truc-Anh se déploie dans une forme éclatée dont les extrémités tiennent par
une force vertigineuse de gravitation. Il présente ici des photographies extraites de deux séries en cours
(la série des Doors et celle dite de L’Opéra de Stanley) et une
sculpture agissant comme le liant qui donne sa forme à l’abrasif.
On est d’abord frappé par ses Doors qui s’annoncent comme un compte à
rebours infernal : traumatisé par une échelle inidentifiable, on ne peut que se
faire happer par cette multitude de détails, de contorsions émanant d’un noir
limbique. Cette série dont les occurrences sont répertoriées sous la
désignation Door #47, Doors
#55, Doors #79 (et ainsi de
suite en décroissant) est constituée de photographies montrant chacune une
babiole agrandie, de format 150 x 150 cm, et transmutée en
phénomène physique. Des bagues de marché aux puces deviennent des maelstrom ou
s’approprient tout à coup la sophistication d’un anneau des Nibelungen… Il y a
bien un passage, un franchissement de ces portes qui nous conduit du toc pour
touriste au sublime.
La deuxième série met en scène son
pseudo-héro, Stanley, personnage solitaire évoluant dans des espaces
vampirisés, vidés de toute présence humaine, se détachant lui aussi de fonds
quasi wendersien : |
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Truc-Anh, paré de sa grenouillère rose, a effectué ces
autoportraits aux États-Unis et en Norvège… On pense au personnage muet et
amnésique de Paris-Texas. C’est qu’il
faut demeurer isolé, délibérément, pour développer le fameux syndrome de Peter
Pan et promouvoir (et incarner) aujourd’hui un super-héro dont les aventures
désuètes ne sont pas dépourvues d’une note existentielle.
Les photographies de
Stanley sont réunies sous l’appellation d’Opéra :
Truc-Anh souligne, par ce titre générique, la dimension narrative et la
polyphonie de cette série inaugurée en 2007 qui s’attache à « la
représentation de quelques vies et de quelques morts ».
La rime visuelle qui assujettit Stanley
à ses multiples réapparitions en milieu décalé est la même qui, à la manière
d’une « incantation » affirme Truc-Anh, travaille à la perte des
repères dans la série des Doors : leur motif répété fatigue l’œil toujours à la recherche d’un terrain stable où
se reposer tel Stanley dans Stanley
regarde les WSOP (couché sous le sofa qui lui permettrait de regarder, en
position assise, les World Series Of Poker) ou Stanley chez les Incas (allongé, à l’aube, parmi une armée de
transats sur quelque plage désertée).
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C’est paradoxalement leur exacte
définition qui permet à ces Doors (en
fait, pour la plupart, des objets familiers), d’acquérir cette sorte d’inquiétante étrangeté. En restant le plus fidèle possible dans leur rendu, Truc-Anh arrive néanmoins à
révéler de ces pacotilles des aspects inattendus, surréels et déroutants.
Pour la première fois présentées
conjointement, ces deux séries se réfléchissent et seront appuyées d’une
sculpture prochaine (tout comme Oeil Limen, un pliage de tirages photographiques mais ici de 200 cm) qui, dans sa manipulation possible,
semble poser comme l’antidote d’un trop-plein d’ésotérisme et timorer le
spectaculaire envoûtement des Doors :
Truc-Anh, magicien peu soucieux de révéler ses habiletés nous dévoile ses
effets d’optique dans du fait-main.
Le pliage et le mouvement réel cette
fois-ci ramènent aux surplis des Doors et à l’impression d’expansion qu’ils procurent. Ces pliages peuvent aussi évoquer les différentes
strates d’une personnalité aussi complexe que celle de Stanley et de son manipulateur : Truc-Anh. "
Frédéric Chapon, 2009. |
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